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Russie : les femmes moscovites préfèrent les Turcs

par Andreï Kolesnikov 

Moscou - Selon les statistiques officielles de la direction des bureaux de l'état civil de Moscou, les hommes turcs ont occupé l'année dernière la première place pour le nombre de mariages conclus avec des femmes moscovites, ayant dépassé les Allemands (argent), les Américains (bronze) et les Britanniques (quatrième place). 

Les habitantes progressistes de Moscou démentent le mythe très répandu de la croissance en Russie du nationalisme et du chauvinisme propre aux superpuissances, ainsi que l'image d'un peuple russe xénophobe en général et qui déteste les gens à peau très foncée en particulier.

Alors que les services des migrations, tirant la langue de zèle, débarrassent les marchés moscovites des vendeurs et des produits provenant de "l'étranger proche" (pays de l'ex-URSS), les habitantes de la capitale sont nombreuses à épouser des citoyens de la République de Turquie.

Selon les statistiques officielles de la direction des bureaux de l'état civil de Moscou, les hommes turcs ont occupé l'année dernière la première place pour le nombre de mariages conclus avec des femmes moscovites, ayant dépassé les Allemands (argent), les Américains (bronze) et les Britanniques (quatrième place).

Par quoi les Turcs attirent-ils les habitantes d'une des mégalopoles les plus riches et les plus animées du monde? Le citoyen du monde Orhan Pamuk, originaire d'Istanbul et prix Nobel de littérature, représente bien entendu un modèle d'intellectuel véritablement européen. Mais il est peu probable que les jeunes femmes russes faisant la queue au bureau de l'état civil bras dessus, bras dessous avec leurs amis fougueux venus du Sud pensent à ce moment précis, disons, à la gloire universelle de l'auteur du "Livre noir", de "Neige" et d'"Istanbul". Elles songent plutôt, semble-t-il, aux plages de Belek ou aux jardins d'orangers de Kemer, ou bien évoquent le fait que la Turquie se tient depuis des années au seuil de l'Union européenne.

Cependant, malgré le développement dynamique du secteur touristique, l'économie turque est loin de traverser une période faste. En dépit de la laïcité de l'Etat, établie depuis longtemps, les politiques islamistes renforcent leurs positions là aussi, sans parler déjà de la persécution des hétérodoxes (dont le même Orhan Pamuk) et de l'absence de règlement du problème kurde.

Les comptes bancaires et la solvabilité des hommes turcs ne sont pas d'habitude meilleurs que les qualités analogues des Américains, Allemands et Britanniques, et ne sont pas comparables au potentiel des habitants de Moscou et de ses environs, qui s'enrichissent avec une rapidité extraordinaire.

Quelle est donc la raison de ce choix? Résiderait-elle, cela me fait froid dans le dos rien que d'y penser, dans les qualités proprement viriles des Turcs? Mais ethniquement, ils se distinguent très peu de leurs voisins azerbaïdjanais, alors qu'il y a peu de femmes désirant épouser des représentants de ce peuple frère qui se voient chasser des marchés moscovites.

Il n'y a qu'une seule conclusion qui s'impose: dans la conscience des femmes russes, la Turquie se présente comme un pays de villégiature assez proche de la Russie où le niveau et la qualité de vie sont proches du niveau normal (à la différence des pays de la CEI [Communauté des Etats indépendants]). 

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Il se peut que les Russes épousant des Turcs se nourrissent d'illusions. Certes, elles ne sont pas menacées de se retrouver dans un harem, mais il est clair que tout le monde ne vivra pas comme un coq en pâte. D'ailleurs, celles qui savent bien que les conditions pour les entreprises (et en particulier pour les petits producteurs) y sont beaucoup plus favorables qu'en Russie prennent sans doute consciemment le risque, en espérant réaliser de grandes choses. Ce qui est flatteur pour la Turquie et non pas pour la Russie.

Il y en a sans doute d'autres, qui espèrent que leurs maris les soutiendront en toute situation et sauront leur assurer une vie plus ou moins rapprochée des normes européennes, et dans le même temps plus calme que celle qu'elles mènent en Russie. Ce qui ne plaide pas non plus en faveur de notre Etat et de sa ville la plus riche. Il s'avère donc qu'un pays méridional, découvert essentiellement lors des vacances d'été, apparaît aux femmes russes plus amical et hospitalier que Moscou, ville de contrastes.

Il est difficile de tirer des conclusions universelles de cette tendance "nuptiale" de 2006. Il ne convient pas de toute façon de conclure que la Russie doit s'aligner sur la Turquie dans son développement pour pouvoir attirer des gens souhaitant fonder une famille, avoir des enfants et gagner de l'argent. Mais un symptôme se laisse constater. Les femmes russes aspirent à une vie plus calme, plus prévisible, normale en somme, fût-ce dans un environnement plutôt étranger.

Il est à noter qu'en épousant un étranger, ces femmes abandonnent sans hésitation leurs complexes de supériorité ou, au contraire, d'infériorité par rapport aux représentants d'autres ethnies, qui sont dans la plupart des cas adeptes d'une autre religion que la leur. Ce qui signifie une seule chose: l'aspiration à une vie normale est plus forte que le sentiment d'appartenance à une superpuissance ou que d'autres chimères nationales.

Et si finalement la vie normale était cette idée nationale que tout le monde est en train de rechercher en Russie depuis belle lurette et qu'on ne parvient toujours pas à trouver?
Source : fr.rian.ru -
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