Michaëlle Jean, première femme noire nommée chef d'État du Canada
par
Victor TeboulPh.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca
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Arrivée au Canada à l'âge de 11 ans, alors que sa famille fuyait Haïti, Michaëlle Jean, 48 ans, a été nommée au poste de gouverneur général du Canada, le 4 août 2005, par le premier ministre Paul Martin. Sa nomination a rappelé que le pays est une monarchie constitutionnelle, car madame Jean sera la représentante d'Élizabeth II, reine du Canada. Sa Majesté la Reine a d'ailleurs eu «le plaisir d'approuver» cette nomination, a-t-on pu lire dans le communiqué officiel. Madame Michaëlle Jean est la 27e personne à occuper le poste de gouverneur général du Canada. Elle est entrée en fonction le 27 septembre 2005. Elle succède à madame Adrienne Clarkson.
Qui est Michaëlle Jean ? Est-elle qualifiée à occuper ce poste ? Quelle est la signification de sa nomination sur le plan de la diversité et de la tolérance ?
Tolerance.ca® a posé ces questions à M. Frantz Voltaire, éditeur, directeur du Centre International de documentation et d'Information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne, et ami personnel de madame Jean.
Tolerance.ca® : Madame Michaëlle Jean est d'abord connue en tant que journaliste, mais comme vous la connaissez personnellement, pourriez-vous nous la présenter ? En quoi est-elle qualifiée pour occuper cette fonction ?
Je connais effectivement madame Jean depuis plus de 25 ans et je sais qu'elle a un énorme sens des responsabilités. En dehors d'être qualifiée comme journaliste -elle a une expérience d'une vingtaine d'années acquises à Radio-Canada- Michaëlle Jean maîtrise les deux langues officielles du Canada, elle est familière avec le Québec et le Canada anglais. Elle parle aussi l'italien, l'espagnol et le créole, elle représente ainsi très bien les nouvelles vagues d'immigrants qui ont transformé le Canada au cours des vingt dernières années. À mon avis, elle représente le nouveau visage du Canada, jeune et multiculturel.
Elle a aussi le sens de l'éthique et elle a toujours manifesté une préoccupation pour les jeunes, les femmes, les groupes défavorisés et les aborigènes. Ce sont des priorités qui ont toujours été les siennes. Elle mettra l'accent sur ses préoccupations. Dans ce sens, elle est tout à fait qualifiée pour occuper un poste de représentation qui exige que l'on soit à l'écoute de la population.
Il me semble qu'on pourrait établir un parallèle avec le parcours remarquable de madame Clarkson, étant donné que, comme cette dernière, Mme Jean aussi est venue au Canada en tant que réfugiée.
Tolerance.ca® : En nommant une femme noire chef d'État du Canada, il est évident que le geste est d'abord politique, mais d'après vous, quelle est la signification de cette nomination, sur le plan du pluralisme et de la tolérance ?
C'est un geste politique, mais il signale aussi à tous les immigrants qu'ils peuvent occuper des postes de responsabilités. C'est la deuxième fois, à mon avis, que l'on nomme une femme issue de l'immigration à ce poste, madame Clarkson l'ayant précédée à cette fonction. En plus, il s'agit cette fois-ci d'une femme noire. C'est un changement nécessaire qui donne un signal clair que le Canada est ouvert à tous les groupes.
De plus, en tant que membre du G8, le Canada montre sa capacité d'ouverture à l'échelle internationale, car le gouverneur général, en tant que représentant de la reine, remplit des responsabilités protocolaires et représente le chef de l'État.
Je pense aussi que cette nomination représente une volonté politique au moment où on se questionne sur le rôle de cette institution, sur les façons de la rajeunir et de la rendre plus accessible.
Tolerance.ca® : Lors de la conférence de presse au cours de laquelle le premier ministre du Canada a annoncé la nomination de madame Jean, un journaliste a demandé à la nouvelle gouverneure générale, si sa nomination n'était pas symbolique. D'après vous, cette nomination constitue-t-elle un geste politique visant à assurer au fédéralisme canadien l'allégeance des minorités ?
Oui, c'est possible. Mais on s'adresse en même temps à toutes les minorités et on les incite, par ce geste, à une plus grande participation au sein du système politique. C'est aussi un message que l'on adresse à tous les partis politiques.
Tolerance.ca® : Contrairement aux autres partis politiques canadiens siégeant dans l'opposition, le Bloc québécois a déploré le fait que madame Jean ait accepté un poste qui ne soit pas électif.
Que pensez-vous de cette réaction ?
Le poste existe, il faut bien que quelqu'un l'occupe. Dans la mesure où le Bloc québécois est un parti qui prône l'indépendance du Québec, il questionne l'existence de cette fonction. Mais il s'agit surtout de savoir si la personne qui l'occupe est ou non qualifiée de l'occuper. Et madame Jean a toutes les qualifications requises.
Entretien réalisé par Victor Teboul, pour Tolerance.ca®.
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« J'ai vu les préjugés reculer »
Extrait de l'allocution de madame Michaëlle Jean.
« On parlait autrefois de la solitude des peuples fondateurs du Canada. De nos jours, le Canada compte une multitude de voix, des voix voulant se faire entendre, se faire respecter et se faire comprendre.
La diversité de notre géographie, de notre population, de nos cultures fait naître un sentiment d’appartenance à la collectivité canadienne.
Les gens de ce pays ont besoin, non seulement de se faire dire qu’ils sont inclus, mais aussi de découvrir et d’expérimenter ce que le Canada signifie pour eux, et de pouvoir prendre part à tout ce que le pays a à offrir.
La grande force de ce pays c’est qu’il se transforme. Durant toutes ces années où j’ai œuvré comme journaliste et animatrice, sur les différentes chaînes de notre télévision publique, j’ai vu les préjugés reculer et les mentalités évoluer. Fini le temps où l’on osait penser et dire qu’une personne de race noire n’avait aucune crédibilité en information aux yeux du public.
Je viens de loin. Mes ancêtres étaient des esclaves. Je suis née en Haïti, le pays le plus pauvre de cet hémisphère. Je suis fille d’exilés chassés de leur terre natale par un régime dictatorial. Je suis une mère de famille inquiète de ce que l’avenir sera pour son enfant et pour tous les enfants sur cette terre. »
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* Photo - Source: Copyright 2005, Prime Minister’s Office. Photo by Dave Chan, CPM.