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Fête de la Saint-Patrick. Les Irlandais du Québec : à la croisée de deux cultures

Photo : Guy Labissonnière.

C’est le 17 mars, date anniversaire du décès de saint Patrick en l’an 461, que les Irlandais célèbrent leur saint patron. Instaurée en Amérique du Nord depuis le 18ème siècle, cette fête populaire est répandue partout dans le monde où se sont établis des Irlandais. À Montréal, le premier défilé de la Saint-Patrick a eu lieu en ...

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...1824. Il détient en cela un record de longévité en Amérique du Nord.

Marquant l’arrivée du printemps, le défilé de la Saint-Patrick, un événement haut en couleurs, est le rendez-vous incontournable de dizaines de milliers de Québécois et de personnalités politiques fédérales et provinciales de toutes obédiences, sans compter ceux et celles qui sont d’origine irlandaise.

C’est le 17 mars, date anniversaire du décès de saint Patrick en l’an 461, que les Irlandais célèbrent leur saint patron. Instaurée en Amérique du Nord depuis le 18ème siècle, cette fête populaire est répandue partout dans le monde où se sont établis des Irlandais. À Montréal, le premier défilé de la Saint-Patrick a eu lieu en 1824. Il détient en cela un record de longévité en Amérique du Nord.

Photo : Guy Labissonnière.


Les Irlandais et leurs descendants occupent une place prépondérante dans la vie politique et culturelle nord-américaine. Près de 300 000 Québécois sont d’origine irlandaise, selon Statistique Canada, et près de 4 millions de Canadiens déclarent avoir des origines irlandaises Les ex-premiers ministres du Canada, Lester B. Pearson et Brian Mulroney sont d’origine irlandaise, tout comme Daniel Johnson, père, et ses deux fils, Pierre-Marc et Daniel qui furent tous trois premiers ministres du Québec. Dans le monde des arts, on retrouve le poète Émile Nelligan et le chanteur Jim Corcoran. L’influence des Irlandais est également notable aux États-Unis avec John F. Kennedy, Henry Ford, Robert Redford, John Wayne ou encore Warren Beatty. 

Les Johnson dans l’histoire du Québec

La famille Johnson a beaucoup influencé l’histoire du Québec contemporain. Daniel (père) a été chef de l’Union nationale et premier ministre du Québec de 1966 à 1968. Pierre-Marc l’a été à son tour en fin de mandat du gouvernement du Parti québécois du 3 octobre au 12 décembre 1985. Il a succédé à nul autre que René Lévesque. De son côté, son frère Daniel a aussi occupé cette fonction sous le gouvernement libéral du 11 janvier au 26 septembre 1994. Il est également connu pour avoir été le porte-parole officiel du camp du Non lors de la campagne référendaire de 1995.

Daniel Johnson nous explique que sa famille est au Québec depuis six générations. «Mon ancêtre George est arrivé ici en 1822 avant même les vagues d’immigration causées par la Grande Famine. » Ce que M. Johnson retient le plus dans l’histoire des Irlandais du Québec, c’est leur «grande vitalité». «Ils ont fait valoir leur identité et ont montré qu’ils n’étaient pas assimilables tout en s’intégrant à leur société d’accueil. Aujourd’hui, ils sont présents et actifs dans plusieurs domaines», souligne-t-il. Il insiste sur l’excellent accueil dont ont bénéficié les Irlandais à leur arrivée au Bas-Canada. «Les familles canadiennes françaises ont adopté plusieurs petits orphelins dont les parents étaient morts pendant la pénible traversée. »

Quand on lui demande ce qu’il y a d’irlandais en lui, Daniel Johnson répond sans hésitation : «le nationalisme». «Même si le contexte politique et l’histoire de l’Irlande et du Québec sont différents, je trouve des résonances chez moi dans le désir de s’affirmer et dans ce sentiment d’identité distincte. »

L’arrivée à Grosse-Île

Si vous cherchez des références sur les Irlandais au Québec, vous avez de bonnes chances de tomber sur des livres consacrés à Grosse-Île. C’est que l’histoire des Irlandais est avant-tout marquée par le pénible établissement de leurs ancêtres dans le Bas-Canada, puis dans le Canada-Uni, au cours du 19ème siècle.

Le nom de Grosse-Île revient sur toutes les lèvres dès que l’on évoque le fait irlandais au Québec. Située à une cinquantaine de kilomètres de Québec, elle a servi de lieu de quarantaine aux milliers d’Irlandais qui avaient fui leur pays à la suite de la famine occasionnée par les calamiteuses récoltes de pommes de terre. Plusieurs de ces nouveaux arrivants étaient atteints du typhus et du choléra. Ainsi, de 1845 à 1849, 200 000 Irlandais ont débarqué au Québec, dont la moitié au cours de la seule année 1847.

Marianna O'Gallagher est l’historienne des Irlandais du Québec. Née en 1929, elle est titulaire d’une maîtrise en histoire de l'Université d'Ottawa et elle a longtemps enseigné l’histoire aux élèves du primaire au Canada et aux États-Unis. Entre 1961 et 1986 (année de sa retraite), elle a été professeure au St.Patrick School à Québec. En 1981, elle a fondé la maison d'édition Carraig Books - qui changera de nom en 1995 pour devenir Livres Carraig Books - spécialisée dans la publication d’ouvrages historiques portant notamment sur le fait irlandais au Québec.

Le souvenir des 5 000 morts dont les corps ont été jetés par-dessus bord durant les traversées et celui des décès à la Grosse-Île (au moins 5 400 victimes pour la seule année 1847) façonnent encore la conscience collective des Irlandais. «C’est une chose qu’on n’oublie pas. Mais avec le temps, le souvenir commence à s’adoucir», reconnaît Mme O’Gallagher.

Selon l’historienne, l’établissement irlandais est certes marqué par cette installation chaotique, mais il ne s’agit pas du seul élément de l’histoire. «Il y a eu une arrivée massive d’Irlandais entre 1815 et 1830. L’église St. Patrick à Québec a été édifiée en 1832 sur la rue McMahon, soit une quinzaine d’années avant la Grande Famine. Aussi, l’école secondaire St. Patrick à Québec a été inaugurée en 1842», dit-elle.

Selon la terminologie en vigueur à l’époque, l’empire britannique considère ses sujets irlandais comme un «surplus de population» et encourage leur départ vers le Canada-Uni, cette lointaine colonie anglaise.

Les Patriotes

Ennemis de toujours des Anglais, les Irlandais se sont naturellement rangés du côté des Patriotes au cours du 19ème siècle. «La couleur verte dans le drapeau des Patriotes était une façon de marquer la présence massive des Irlandais dans les rangs de la rébellion», indique Mme O'Gallagher.

Le docteur Edmund Bailey O’Callaghan, un Irlandais, est un des proches de Louis-Joseph Papineau, chef historique du mouvement patriote. «C’était l’éditeur d’un journal patriote à Montréal. Il ne fallait surtout pas dire du mal des Patriotes devant lui, car ça l’énervait beaucoup», ajoute l’historienne.

Né à Mallow (Irlande) en 1797, le docteur O’Callaghan prit part à l'organisation sociale de la communauté irlandaise à Québec : il fut, entre autres, cofondateur du Québec Mechanic's Institute et de la paroisse St. Patrick, et secrétaire de la Society of the Friends of Ireland. En 1833, il s'installa à Montréal où il fut chargé de la rédaction du Vindicator and Canadian Advertiser pendant quatre ans et demi; il s'occupa également des affaires de la collectivité irlandaise, d’après la description faite de lui dans le site Internet de l’Assemblée nationale du Québec. 

Une intégration harmonieuse

Malgré les épreuves subies à leur arrivée, les Irlandais se sont intégrés assez rapidement à leur société d’accueil. Beaucoup d’entre eux se sont totalement francisés. «Cela s’explique par trois facteurs : l’accueil chaleureux que les Irlandais ont reçu au Québec, les mariages mixtes et la fréquentation des églises francophones», selon Marianna O'Gallagher.

La proximité entre les Québécois francophones et les Irlandais peut aller très loin. Il est aujourd’hui admis que 40 % des Québécois ont du sang irlandais qui coule dans leurs veines. Le journaliste et historien Louis-Guy Lemieux n’hésite pas à affirmer que «nous sommes tous des Irlandais. Ou presque! » Citant les travaux des United Irish Societies of Montréal, M. Lemieux explique que «plusieurs patronymes québécois pure laine cachent mal leur origine irlandaise. Ainsi les Aubry devraient leur nom de famille aux O'Brien, les Barrette aux Barrett, les Bourque aux Burke, les Guérin aux Gearan ou Geary, les Mainguy aux McGee, les Morin aux Moran, les Nolin aux Nolan, les Riel aux Reilly ou O'Reilly, les Sylvain aux Sullivan ou O'Sullivan. »

Si l’on prend l’exemple de la ville de Québec, l’héritage historique, architectural et artistique irlandais est impressionnant. Dans son livre Le chemin du trèfle, la présence irlandaise à Québec, l’historienne Marianna O'Gallagher détaille ce patrimoine sur 32 pages. On apprend ainsi que les portes Saint-Jean et Saint-Louis ont été conçues par l’architecte William Lynn, formé à Belfast et un protégé de Lord Dufferin. «Les portes richement décorées, de style médiéval français, remplacent alors les anciennes portes de tradition militaire britannique qui ne permettaient le passage que d’une voiture à la fois», note l’historienne.

La Bolduc, inspirée par le folklore irlandais

Au début du 20ème siècle, la chanteuse Mary Travers - plus connue sous le nom de La Bolduc - a été inspirée par le folklore irlandais. «Elle apprend spontanément à chanter et à jouer de l’accordéon, du violon et de la musique à bouche pour égayer les veillées de voisins où elle interprète surtout des “reels” irlandais qu’elle entremêle de “turlutes”, des syllabes et des sons rythmés à la mode acadienne. Sans le savoir, par ces emprunts musicaux qu’elle adapte avec grand naturel, elle pose déjà les bases folkloriques de la chanson québécoise», indique un site Internet consacré à la vie et l’œuvre de la première auteure-compositeure-interprète du Québec et du Canada français.

Jim Corcoran : «Je suis content de mon rôle de passeur» 

Pour Jim Corcoran - qui allie le folk, le blues et le rock – l’inspiration était déjà toute trouvée : « Il y a toujours eu un soupçon d’irlandais dans ma musique y compris à mes tout débuts. La culture et l’art irlandais ont toujours été présents chez nous», déclare-t-il.

L’auteur-compositeur-interprète est né à Sherbrooke en 1949. Son grand-père est arrivé d’Irlande en 1906. «À l’époque, il s’est installé à Châteauguay pour travailler dans une usine de coton», souligne M. Corcoran.

Même s’il admet que ce n’est pas le folklore traditionnel qui l’a le plus inspiré, M. Corcoran explique que ce sont «les chansons d’auteur avec une forte dose de conscience sociale» qui l’ont toujours fait vibrer. «Je pense notamment au Bothy Band qui a marqué les années 1970. Ses membres étaient des virtuoses. Je peux également citer les Chieftans qui m’ont beaucoup influencé», précise-t-il.

Jim Corcoran a grandi à Sherbrooke à un moment où la ville était presque entièrement anglophone. «Les Irlandais s’entendaient très bien avec les Québécois. La religion catholique les a tout de suite rapprochés», indique le chanteur qui a attendu l’âge adulte avant d’apprendre la langue française.

Jim Corcoran, maintenant installé à Montréal, entend être un trait d’union entre les cultures anglophone et francophone. «Depuis 1989, j’anime une émission à CBC [la radio anglaise de Radio-Canada] dans laquelle je présente la chanson francophone québécoise à un auditoire anglophone. Je suis content de mon rôle de passeur d’autant plus que je reçois plusieurs messages de Britanno-Colombiens, d’Acadiens et même de Sud-Africains qui me disent être ravis de découvrir ainsi une autre culture. » 

Mis à jour 3 mars 2012

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Pour en savoir plus :

Livres :

CLIFT, Dominique et MCLEOD-ARNOPOULOS, Sheila, Le fait anglais au Québec, Montréal, Libre Expression, 1979, 277 p.

LEMIEUX, Louis-Guy, Un amour de ville, Montréal, Les éditions de l’Homme, 1994, 359 p.

O’GALLAGHER, Marianna, Grosse-Île-Porte d’entrée du Canada, 1832-1937, Sainte-Foy, Carraig Books, 1987, 188 p.

O’GALLAGHER, Marianna, Le chemin du trèfle, la présence irlandaise à Québec, Sainte-Foy, Livres Carraig Books, 1998, 35 p.

VEKEMAN MASSON Jeannette, Grand-maman raconte la Grosse-Île, Ottawa, Les éditions La Liberté, 1981, 188 p.

Site Internet :

www.labolduc.qc.ca



*** Jim Corcoran.


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